Le grand écart de l’été
Quelle drôle de période créative nous vivons en ce début d’été 2009 ! D’un côté, c’est l’été, synonyme de vacances, de légèreté, de liberté.
Les produits communiquent différemment parce que leurs clients sont dans des conditions de réception particulières.
La saison estivale s’inscrit dans une démarche de séduction et le ton des campagnes se fait donc naturellement plus léger et plus glamour. Adieu l’austérité hivernale pour laisser place à des messages plus sexy.
L’été, le soleil, la plage, les vacances, les MRE… toutes les conditions sont ainsi réunies pour découvrir les jambes des filles et afficher un type de communication plus libre et plus joyeux. Pour un créatif, la période est propice à s’exprimer de manière débridée et ludique, c’est le moment ou jamais ! Boissons, glaces, accessoires de mode, parcs de loisirs, lunettes de soleil etc, les produits pour lesquels cette période représente un pic de vente s’engouffrent donc à l’unisson dans un ton de communication décomplexé et beaucoup plus fun. J’adore, et même s’il fait chaud et que la clim est en panne, les recherches créatives sont tellement plus cool ! Et voilà que cette année, un événement perturbateur vient casser la mécanique légère du ton de la pub des vacances : Ramadan arrive à grands pas ! À la mi Août, nous alors pénétrer de plein pied dans un univers radicalement différent dans lequel les codes et les référents modifient les approches de A à Z. Pour un créatif d’agence, c’est le grand écart en terme de réflexion. Adieu les filles aux jambes apparentes, visiblement heureuses et insouciantes, au revoir le glamour et la sensualité, place au sacré, au respect, aux traditions, aux familles… Je vous l’avoue, cet été, je ne sais plus à quel saint me vouer.
Pratiquement dans le même temps, la mini jupe et la Djellaba sont ensemble dans mes réflexions créatives, c’est à y perdre son dérija ! L’hémisphère droit pour séduire et charmer, le gauche pour exprimer le sempiternel et légitime respect qui accompagne Ramadan. Pas facile, l’exercice mental ! Pas facile, mais passionnant dans la mesure où les extrêmes se côtoient sans se mélanger, si ce n’est dans nos ordinateurs qui n’y comprennent plus rien.
Que dire de plus ? Bel été et… excellent Ramadan. Décidemment, une sacrée période, cette année !

Laissez-moi l’espace d’une chronique vous transporter vers des temps noirs finalement pas si lointains qui sont ceux de l’esclavage et de l’asservissement de l’homme par l’homme. Pour le compte d’odieux commanditaires souvent dûment mandatés par des états complices ou complaisants, des millions d’êtres humains ont été déplacés d’Afrique vers les États Unis et exploités. Leur mémoire est aujourd’hui honorée et les crimes avérés ce qui ne résout rien. Personne ne remet en question ces épouvantables stratégies agricoles ou préindustrielles, et tous s’engagent à ne plus jamais, oh grand jamais, les reproduire ce qui parfois ressemble à un vœux pieux. C’est légitime, et pourtant moi, Fayçal Salmi, j’ai envie (c’est tellement bon d’avoir enfin envie…) de dénoncer certaines injustices et comme mon rédac chef ne censure pas mes chroniques jusqu’à présent, je m’en donne à cœur joie ! La souffrance du peuple noir n’est-elle pas égale à celle des russes dissidents, tibétains, coréens, birmans, éthiopiens et autres palestiniens… résistants aux pouvoirs hégémoniques nationaux, en martyrs reconnus et déclarés. En poussant plus loin le raisonnement, l’esclavage n’est-il finalement pas insidieusement revenu dans certaines entreprises sous la forme d’une exploitation illégitime du personnel de celles-ci ? On peut parfois se le demander et l’emprise des uns sur les autres est physique, tangible, immuable. Les pratiques changent, les effets restent les mêmes. On devient alors l’esclave de l’argent, parce qu’il est important d’avoir une voiture, un appart, un job pour prouver qui on est, alors que ce qu’on est vraiment est tellement plus précieux ! On se prostitue à longueur de journée sur l’autel du matérialisme et de l’apparence. Pour cela, nous sommes prêts à tout faire, et le contraire de tout. Des millions d’hommes sont partants pour vivre 10 heures par jour une vie non rêvée au nom du sacro saint capital et des emprunts à rembourser, des apparences à préserver, des amours à sauvegarder… Si ce n’est pas un monde d’esclavage, alors levez le doigt et jurez que vous auriez refait les mêmes choix si vous aviez été rentiers. Moi, à la vérité, si tout était à refaire, j’aurais fait la même chose… ou presque, à quelques détails prêts. L’esclavage aussi est une question de nuances.





